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Cultures visuelles des Lumières. Nouvelles approches en histoire de l’art.

Séminaire coordonné par Charlotte Guichard (CNRS/ENS) et Anne Lafont (INHA).
Première séance le 30 janvier 2015.

L’histoire de l’art est une discipline aux frontières. Par-delà les traditionnelles hiérarchies entre high art et low art, ce séminaire, à vocation pluridisciplinaire, entend rendre compte aussi bien des chefs-d’œuvre consacrés que des images scientifiques ou techniques, des graffitis et des cultures visuelles politiques dans un long dix-huitième siècle. La modernité critique des Lumières est en effet indissociable d’une production nouvelle d’images et d’artefacts qui va radicalement changer la manière de voir le monde. Celle-ci se déploie à la faveur d’une articulation inédite entre conception savante de l’image, commercialisation et politisation de l’art au moment de la formation d’un espace critique. Comment la naissance conjointe de l’histoire de l’art, de l’histoire naturelle, de l’anthropologie et de l’esthétique peut-elle nous aider à ressaisir le projet des Lumières ?

Ce séminaire propose un premier état historiographique de ce champ en pleine reconfiguration. Chaque séance sera conçue comme une réflexion autour d’un thème général, avec une intervention plus spécifique menée à partir de travaux en cours. Nous interrogerons notamment les frontières entre art et science à travers l’image ; la question du genre ; les formes de la visualité ; les liens entre art et culture politique.

Séminaire est ouvert aux étudiants à partir du niveau master
Vendredi de 10h à 12h
Salle de séminaire de l’IHMC (esc. D, 3e étage)
École normale Supérieure 45, rue d’Ulm, 75005 Paris
charlotte.guichard (AT) ens.fr et anne.lafont (AT) inha.fr

Programme détaillé :

30 janvier 2015 : Séance introductive.

6 février 2015 : Violences et Lumières atlantiques
Anne Lafont, « Visualités de la violence à l’époque des abolitions »

Alors que la fin du dix-huitième siècle voit les guerres de révolution éclater de part et d’autre de l’Atlantique (révolutions américaine, française et haïtienne), les saisies visuelles et artistiques de ces événements donnent à voir et à penser différentes expressions de la violence plus ou moins propres au mouvement progressiste des Lumières. La production des imagiers de Paris, de Philadelphie et de Saint-Domingue forge un champ visuel de la violence hétérogène qu’il faut scruter à l’aune de ce que signifient ces conflits émancipatoires les uns par rapport aux autres, des révoltes indépendantistes aux luttes contre l’esclavage.

20 février : Figures de l’artiste
Charlotte Guichard, Les signatures de Chardin : des écritures ordinaires ?

Dans la peinture française du 18e siècle, la signature s’impose comme un détail nouveau : lieu de l’expertise pour les amateurs et les marchands, élément d’autoreprésentation pour les peintres, réflexion sur l’objet tableau. La séance portera sur les signatures du peintre Jean Baptiste Chardin : discrètes mais omniprésentes, éminemment réflexives, elles expriment de manière exemplaire les nouvelles conceptions de l’art, de l’auteur et du tableau au siècle des Lumières.

6 mars : Histoire de l’art et Genre
Anne Lafont, « Création/Procréation : autoportrait des femmes artistes »

Les questions relatives à l’activité artistique des femmes sont multiples au cours de l’histoire et ébranlent souvent les catégories d’analyse établies, tels le génie artistique ou la transmission des savoir-faire, mais aussi la détermination des corpus dignes de l’histoire de l’art. Au cours du XVIIIe siècle, l’institutionnalisation de la pratique artistique, de l’exposition, de la critique et d’une manière générale des différents métiers de l’art précipite et multiplie les possibilités offertes aux femmes : non seulement d’exercer leur art, mais de le rendre public et, exceptionnellement, d’accéder à une reconnaissance de leur production par des moyens comparables à ceux déployés par les hommes. Une telle aventure progressiste et perfectible offre certainement un point d’entrée remarquable dans les études de l’art des Lumières.

20 mars : Les Lumières Américaines
Wendy Bellion, « L’art américain et l’illusion optique au XVIIIe siècle »

Cette séance explorera les questions relatives à l’illusion optique aux Etats-Unis à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. En mettant l’accent sur les espaces d’exposition à Philadelphie – la plus grande ville américaine de l’époque – nous étudierons les dispositifs de trompe l’œil mis en œuvre par la famille de Charles Willson Peale et d’autres artistes contemporains, considérant que leurs peintures mirent au défi l’agilité des modes de perception des spectateurs, tout comme elles imposèrent une attention accrue portée à la part politique du regard.

3 avril : Cultures visuelles en Révolution
Guillaume Mazeau : « Du spectacle à l’observation : le rôle des cultures visuelles dans la définition de la citoyenneté pendant la Révolution française ».

Si le rôle des cultures écrites et orales dans la transition politique de la fin du XVIIIe siècle est assez bien connu, celui des cultures visuelles l’est beaucoup moins. Or parmi les nombreuses compétences et valeurs qui contribuent à dessiner les contours mouvants et débattus de la nouvelle citoyenneté, le sens de l’observation occupe une place de choix. Défini à rebours du spectateur comme celui qui exerce un regard critique, actif et attentif sur la nature dont il tente de saisir la réalité, l’observateur devient un protagoniste majeur des utopies politiques et sociales comme des pratiques les plus quotidiennes. Il s’agira ici de poser des questions sur cette « visiocratie » (Peter Goodrich) naissante, en s’interrogeant sur son rôle dans les processus d’émancipation et de domination dans un contexte de révolution.

17 avril : Manière(s) de voir : le regard des Lumières
Charlotte Guichard : « Science et esthétique du coup d’œil ».

L’histoire du regard est un terrain de rencontre privilégié pour historiens de l’art et historiens des sciences qui se sont intéressés, chacun dans leur perspective, à une histoire du détail (Daniel Arasse), de l’attention et de l’observation dans les sciences et la culture (Lorraine Daston, Jonathan Crary). Qu’en est-il du « coup d’œil », formule omniprésente au 18e siècle, qui désigne à la fois un dispositif visuel dans l’image et un régime du regard ? Elle nous servira de point d’entrée pour réfléchir à la manière dont artistes, savants et amateurs ont représenté et synthétisé, dans les images d’art et de science, leur expérience et leurs savoirs sur le monde.

15 mai 2015 : Histoire de l’art, histoire des techniques, histoire des sciences
Mechthild Fend, « Epaisseurs de la peau : organicité, sémantique et matérialité de l’image »

À partir de deux images médicales illustrant la structure microscopique de la peau, cette intervention interrogera la relation entre l’image et l’objet de l’image, entre l’observation artistique et l’observation anatomique, entre le savoir médical et le savoir artisanal des imprimeurs. Autrement dit, on envisagera ce que veut dire produire une image sur le vif quand cela fait référence à la représentation de structures microscopiques auparavant invisibles à l’œil nu et dont la connaissance demeure imparfaite. Enfin, il conviendra d’analyser comment un médium – qu’il s’agisse d’un dessin ou d’une gravure, éventuellement en couleur – participe non seulement de la visualisation mais aussi de l’interprétation, et même de la constitution d’un phénomène anatomique.

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