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Séminaire TIGRE : Lire les imprimés et les estampes comme des objets culturels

4 février 2017 (dernière séance de l’année 2016-2017).
« Les éphémères : une culture du quotidien ? » avec Florence Ferran et Oliver Belin (Université de Cergy-Pontoise)

Onzième séminaire du TIGRE, 2016-2017
Lire les imprimés et les estampes comme des objets culturels

Dans la continuité de l’année 2015-2016, le séminaire du TIGRE considérera les livres, les revues et les estampes comme des objets culturels parlants et complexes en Europe et ailleurs, portant en eux « les bornes de leur possible réception », selon le mot de Roger Chartier concernant les livres (Pratiques de la lecture, 1985:79). En partant de la matérialité, des relations intersémiotiques et des contextes mouvants de la circulation des œuvres, il réfléchira aux usages et aux publics.

Le séminaire du TIGRE encourage de tradition le dialogue entre plusieurs disciplines (littérature et littérature comparée, histoire du livre, histoire de l’art, histoire, médiologie et études culturelles) et fait place à la lecture et à l’interprétation. Il accueillera cette année des études qui vont des œuvres, des créateurs et des éditeurs marquants aux mythes et aux motifs, leur transmission et leur circulation en Europe et en dehors des frontières européennes, et fera place à la manière dont imprimés et estampes sont transmis, lus, relus et retravaillés à travers différents supports et moyens, que ce soit dans des éditions et des tirages de luxe ou dans la presse imprimée.

Séminaire ouvert aux étudiants à partir du Master.
Début : 8 octobre 2015, fin : 4 février 2017. Séances de 3h, le samedi matin de 10h à 13h à ENS en salle Simone Weil (sauf indication contraire).
N.B. Peut être validé au titre du premier semestre (3 ECTS) ou être suivi comme séminaire libre.

Programme détaillé

  • 8 octobre 2016 : Les écrivains et l’estampe
    ENS, 10h-13h, salle Simone Weil

Nathalie FERRAND (CNRS), « Rousseau et l’estampe »

« Génial regardeur d’estampes » (Cl. Labrosse), Rousseau eut longtemps la passion de cet art considéré comme mineur. Lui qui goûtait peu la peinture, à la différence de Diderot, appréciait beaucoup les estampes, non seulement dans leur perfection finale mais aussi dans leur élaboration progressive, depuis le dessin donné par l’artiste jusqu’au dernier tirage, en passant par les états divers des épreuves réalisées par les graveurs qu’il conservait précieusement. Ce goût donna à l’œuvre de Rousseau une physionomie très particulière, qui conditionna le rapport que le public du XVIIIe siècle eut avec ses textes et dont nous prenons la mesure dès que nous sommes mis en présence des éditions d’époque. L’histoire du rapport de Rousseau à l’image et à l’illustration de ses œuvres est longue et complexe. L’épisode souvent commenté de son étroite collaboration avec Gravelot pour les planches de La Nouvelle Héloïse est l’un de ces moments mais il n’est pas le seul. On se propose d’envisager ce sujet entre les débuts de la carrière d’écrivain de Rousseau, depuis les premiers Discours jusqu’à ce moment de 1767 où il dit renoncer à cette passion et se sépare de son portefeuille d’estampes. Seront envisagés des textes au statut générique très différent (philosophiques, pédagogiques, littéraires), mais qui ont tous en commun d’avoir été pensés pour l’image. 

Claire CHAGNIOT (Docteur, Paris IV), « Baudelaire et l’estampe »

Quel regard Baudelaire, poète et critique de l’art de son temps, posa-t-il sur l’estampe ? Quelles interrogations les images imprimées firent-elles naître ? Après s’être passionnées pour ce sujet avec l’essai fondateur de Jean Prévost Baudelaire. Essai sur la création et l’inspiration poétiques (1953), les études baudelairiennes s’en étaient peu à peu détournées. L’enquête a été reprise, sur de nouveaux frais et dans une perspective globale : explorer l’ensemble des usages baudelairiens de l’estampe. On en présentera quelques résultats. Baudelaire promoteur de l’eau-forte contemporaine d’abord, dont la mère distribua, après sa mort, la collection à ses amis. On verra qu’à travers la gravure d’avant-garde, c’était au gouvernement de la fantaisie et à une poétique affranchie des règles que songeait Baudelaire en 1862. Quant à ses essais sur les caricaturistes (1857) et aux projets sur « l’art philosophique » et sur les « Peintres de mœurs » (1861-1862), ils mettent à l’épreuve le sens des images gravées, que les poèmes, en vers ou en prose, interrogent eux aussi. Le processus s’inverse dans le frontispice que Baudelaire voulut donner à la deuxième édition des Fleurs du mal. L’histoire de cet échec touche à deux de ses préoccupations : l’interrogation sur les rapports des images et des textes, et une conception bien affirmée de la forme du livre.

  • 15 octobre 2016 : Traversée des genres au Maghreb
    ENS, 10-13 h, salle Simone Weil

Mourad YELLES (INaLCO) : « Le sexe des anges. Traversée des genres dans le Texte maghrébin »

L’intervention portera sur les représentations genrées au Maghreb à travers quelques exemples empruntés à la miniature, à l’iconographie populaire, à la tradition orale et à l’expression littéraire contemporaine. Il s’agira de mettre en lumière les liens complexes et sans cesse renouvelés entre genres, fictions identitaires et fable nationale. Si l’exaltation de l’héroïsme guerrier et le culte de la virilité (redjla) font partie intégrante de la doxa nationaliste post-coloniale (associant normes religieuses et valeurs politiques), de nombreuses productions artistiques et pratiques sociales montrent que l’éventail des conduites et des imaginaires est beaucoup plus large que ne le laisserait supposer une certaine lecture réductrice de la profondeur socio-historique et socio-culturelle du Maghreb. Dans ce contexte, évoquer « le sexe des anges », ce n’est pas seulement s’interroger sur une identité problématique mais aussi sur les ressors subtils du Texte maghrébin : ses langues, ses écritures et son rapport à Dieu, au pouvoir, au désir.
La question du genre dans l’art et la littérature du Maghreb a souvent été traitée de manière quelque peu schématique, voire caricaturale par la critique occidentale. Perçue majoritairement à travers le filtre de la religion (et donc de la position dogmatique de l’Islam orthodoxe en matière de gestion des genres et des sexualités), elle a abusivement été ramenée à la problématique de l’avènement de la modernité. De fait, de nombreuses études pluri-disciplinaires montrent que depuis des siècles, qu’il s’agisse de l’Orient ou de l’Occident musulman, la tradition a su ménager de nombreuses ouvertures à l’intérieur d’un système éthico-normatif apparemment très rigide. Par leur richesse, par leur audace apparente, diverses formes d’expression artistique (miniature, poésie) témoignent de l’inanité d’une certaine vision convenue sur ces sociétés régies par une stricte partition hommes/femmes, où ces dernières sont maintenues dans un état de subordination intégrale, sans accès autonome au sacré et au désir.

  • 5 novembre 2016
    13h30-19h, Bibliothèque nationale de France, salle 70 (entrée Est)

Soutenance de la thèse de doctorat de Philipp LEU (UVSQ, BnF, Fondation Patrima), Les revues artistiques et littéraires (1880-1900) : questions de conservation et de numérisation

  • 12 novembre 2016 : Revues grecques, revues européennes
    ENS, 10-13 h, salle Simone Weil

Kalliopi SFAKIANAKI (Université de Crète, doctorante en histoire de l’art), « Tériade et son réseau de revues d’art pendant l’entre-deux-guerres »

Critique d’art et éditeur d’art renommé du XXe s., Tériade (Efstratios Eleftheriadis, 1897-1983), fut un collaborateur principal dans l’édition de la revue Cahiers d’art, le directeur artistique de la revue Minotaure, le coéditeur de la « petite revue » La Bête noire, le consultant artistique de la revue Voyage en Grèce, et l’éditeur de la revue luxueuse Verve. L’objectif de ma conférence consiste à examiner l’apport de Tériade à la promotion des idées du modernisme au sein d’un réseau dynamique composé d’artistes, de critiques d’art, d’éditeurs, de marchands, etc. D’un côté, le cas de Tériade, comme cas exemplaire d’un médiateur d’art au sein de la presse artistique, révèle le jeu complexe d’interactions et d’interdépendances entre les acteurs du monde de l’art qui présuppose l’échange du capital économique et symbolique. D’un autre côté, il démontre le rôle essentiel que les revues jouent en tant qu’institutions culturelles pour la circulation et la réception des idées du modernisme au niveau national et international.

Lucile ARNOUX-FARNOUX (Université de Tours), « Réseaux des revues grecques dans les années 1930 »

L’entre-deux-guerres en Grèce voit la création d’un grand nombre de revues littéraires, de longévité et de diffusion très variables. Si beaucoup de ces revues adoptent une attitude helléno-centriste, d’autres au contraire s’ouvrent largement à l’étranger. Cette ouverture se manifeste bien sûr par la publication d’œuvres en traduction, mais aussi par un intérêt grandissant pour les revues étrangères. Cette intervention, qui s’appuie sur le dépouillement d’une quinzaine de revues littéraires ayant paru en Grèce entre 1918 et 1934, mettra en lumière l’existence de relations privilégiées entre revues grecques et revues françaises comme vecteurs de transferts culturels – qu’il s’agisse de la reprise de modèles éditoriaux ou de la circulation de textes, d’idées ou même de collaborateurs –, d’évaluer la part que la traduction prend dans l’établissement de ces relations et enfin de déterminer si on peut ou non parler dans ces cas de « réseau de revues », comme cela a été fait dans d’autres contextes européens.

  • 19 novembre 2016 : Créativité du livre d’artiste
    ENS, 10-13 h, salle R/U (nouveau bâtiment Rataud, 2e sous-sol)

Kathryn BROWN (Loughborough University, R-U), « Dessiner les mots, entendre la couleur : Matisse, Jazz, et "l’échec" du livre »
(La présentation sera faite en français)

Publié en 1947, Jazz est vite devenu l’un des livres d’artiste les plus célèbres et les plus commentés d’Henri Matisse. Mais cette œuvre a aussi suscité des questions relatives à son genre et à sa lisibilité. Est-ce que Jazz est une œuvre à lire ou un objet à voir ? Quelle pratique de lecture demande-t-elle à son public ? Comment l’exposer dans un musée pour mettre en valeur tout autant ses images colorées que son texte écrit à la main ? Dans cette intervention je défends l’idée que nous devons concevoir Jazz comme un livre, mais comme un livre qui remet en question la manière dont nous décryptons un « texte » et comprenons son rapport aux images qui l’accompagnent. Je commence par l’examen de cette œuvre sur des plans visuels, auditifs, et cognitifs et montre que Jazz invite une aventure plurisensorielle qui met en scène les limites de la signification et de la lecture. Ensuite je me tourne vers l’idée qu’on doit interpréter Jazz comme un engagement critique de Matisse avec l’histoire littéraire. Je montre l’importance de la lecture dans la pratique visuelle de l’artiste et retrace les liens entre la structure de Jazz et la poésie de Charles Baudelaire. Finalement, je propose l’idée que ce livre doit bien « échouer » en tant que livre pour réaliser son potentiel. Paradoxalement, c’est en exposant les limites du livre comme véhicule de la pensée, que Jazz fait un mouvement libérateur vers une sphère qui existe au-delà de la représentation.

Gaëlle THEVAL (Thalim et programme ANR "LITTÉPUB") : « Les livres d’un poète sonore : des objets paradoxaux ? » (à propos de Bernard Heidsieck)

Au milieu des années 1950, Bernard Heidsieck entend mettre le poème « debout », l’« arracher à la page », le sortir du livre, considéré comme carcan, espace mortifère dans lequel la poésie est selon lui en train de se « noyer », et produit ses premiers « poèmes-partitions », destinés à être dits à voix haute, puis, à partir de 1959, enregistrés et, enfin, performés sur scène, à partir de 1963. Poésie hors du livre, mettant, par l’enregistrement et la performance scénique, la voix et le corps du poète au premier plan, cette poésie « sonore » et « action » se pense ainsi en rupture avec un médium traditionnellement considéré comme le site « naturel » , ou plutôt « naturalisé », de la poésie. Pourtant, Bernard Heidsieck ne cesse de publier, des disques vinyles, mais aussi, et surtout, des livres-disques, objets hybrides, au statut problématique, dans lesquels se côtoient plusieurs manifestations du poème : la « partition », graphique, s’imprime ainsi et se donne à lire seule ou simultanément à l’écoute du disque inséré. Encore ce dispositif est-il appelé à connaître de nombreuses variations, parfois sous l’influence des artistes avec lesquels le poète a partagé plusieurs « livres de dialogue » (dont D2+D3Z réalisé avec Jean Degottex en 1973, ou encore Partition V, paru la même année au Soleil Noir avec une sculpture de Ruth Franken). Ce sont ces objets problématiques, paradoxaux, que nous nous proposons ici d’envisager, moins pour remettre en question un geste de rupture que pour mesurer de façon concrète le rapport au support induit par une poétique de l’intermédialité.

  • 10 décembre 2016 : Éditeurs de revues en Europe
    ENS, 10-13 h, salle Simone Weil

Matthew PHILPOTTS (University of Liverpool), « Plural Actors : Editorial Practice as Social Practice : T.S. Eliot (The Criterion), Thomas Mann (Maß und Wert), and Jean Paul Sartre (Les Temps modernes) » / « Acteurs pluriels. Pratiques éditoriales comme pratiques sociales : T.S. Eliot (The Criterion), Thomas Mann (Maß und Wert), et Jean Paul Sartre (Les Temps modernes) »

(version française ci-dessous)
As Nobel Laureates and authors Thomas Mann, Jean Paul Sartre, and T.S. Eliot could each have reasonably claimed to be the most celebrated living writer in their respective national fields. But they had something else in common too. In successive decades, each founded and edited a literary-intellectual magazine as a conscious and programmatic intervention : Eliot’s Criterion in London in 1922, Mann’s Mass und Wert in Zurich in 1937, and Sartre’s Les Temps modernes in Paris in 1945. In this paper I explore their contrasting realisations of the editorial role from an explicitly comparative perspective, focusing above all on the factors underlying the success, or otherwise, of these periodical publications in their founding phase. Each occupied the role at a different stage in their career, each brought different dispositions to the role, and each undertook a different mode of editorship. Yet their programmes for a ‘synthetic’ periodical as an antidote to the crisis of the times evince a surprising degree of similarity. And beyond that, their varying degrees of success as editors reveal remarkably similar underlying explanations that have little to do with their individual talents or the mode of editorship they undertook. In each case, success was dependent on the social conditions in which they founded and edited their journal and, above all, on the patterns of intellectual sociability present in the wider ‘redaction’ of their publications and centred on the network hubs of their publishing houses.

(version française)
En tant que lauréats du prix Nobel et auteurs bien connus, Thomas Mann, Jean Paul Sartre, et T.S. Eliot pouvaient bien se targuer d’avoir chacun été de son vivant l’écrivain le plus célèbre de son champ national respectif. Ils avaient cependant encore un trait en commun. Le long de trois décennies successives, ils ont chacun fondé et édité un périodique de littérature et d’intellectualité en accomplissant un geste conscient et programmatique : Eliot, le Criterion à Londres en 1922, Mann, Mass und Wert à Zurich en 1937, et Sartre, Les Temps modernes à Paris en 1945. Dans cette présentation, Matthew Philpotts explore la manière contrastée dont ils ont chacun réalisé le rôle de rédacteur en chef/directeur de périodique. Il adopte une perspective explicitement comparatiste et se concentre avant tout sur les facteurs qui sous-tendent la réussite, ou pas, de ces périodiques dans leur phase de fondation. Chacun des trois écrivains a rempli ce rôle à une étape différente de sa carrière, chacun a apporté à sa revue des dispositions différentes, et adopté un mode de direction différent. Cependant, leur programme d’un périodiques ‘synthétique’ comme antidote à une période en crise indique un degré surprenant de similitude. Et par delà, le degré différent de réussite de chaque directeur révèle remarquablement des explications sous-jacentes, qui ont peu à voir avec le talent individuel ou le mode de direction adopté par chacun. Dans chaque cas, la réussite résulta des conditions sociales dans lesquelles chaque revue fut fondée et éditée, et, avant tout, des modèles de sociabilité intellectuelle présents dans la ‘rédaction’ plus large de leurs publications et les réseaux de leurs maisons d’édition.

NB La présentation aura lieu en anglais avec des pauses qui permettront de reprendre les principaux points en français.

  • 21 janvier 2017 : Photobook et Toybook
    ENS, 10-13 h, salle Simone Weil

Paul EDWARDS (Université Paris VII), « Grandes étapes dans l’élaboration matérielle du photobook de fiction littéraire »

Le photobook est devenu, depuis 2000, la vitrine privilégiée du photographe, et le nombre d’anthologies critiques qui lui sont consacrées depuis douze ans témoigne de son importance culturelle. Il reste encore à dégager l’histoire du photobook de fiction, où la photographie, dans ses multiples formes techniques, s’engage auprès de la littérature.
L’histoire du photobook est jalonnée d’avancées techniques, ou plutôt de contraintes, qui ont poussé les éditeurs à réinventer le livre. Les grandes étapes dans l’élaboration matérielle du photobook s’alignent avec le progrès de la photographie et des industries de l’image : épreuve albuminée contrecollée, reproduction photomécanique, PAO, prise de vue, post-production et tirage numériques, livre virtuel sur écran. Le livre change de support, de conception, de public. En même temps, la réception de la photographie change, les idées du possible de la photographie évoluent. Le photographe ou l’écrivain peut donc, selon son époque, jouer sur son statut d’image pauvre, de document objectif, comme il peut fabriquer des images qui déréalisent le monde, ou le reconstruisent.
Cette séance débutera avec une histoire du photobook à vocation littéraire, et se terminera avec des études de cas où les images ou bien renforcent les stéréotypes, ou bien cherchent à les briser.

François FIÈVRE (Docteur en histoire de l’art, InTRu – EA 6301), « Une édition critique numérique pour un toybook de Walter Crane : pourquoi et comment ? »

Walter Crane est l’un des grands artistes illustrateurs anglais de la fin du xixe siècle, et l’un de ceux qui ont, dans l’histoire du livre pour enfants, révolutionné l’art de l’album avec ses toybooks imprimés avec Edmund Evans. Mais comment mettre en valeur la richesse matérielle, sémiologique, culturelle d’un toybook ? Faire une édition critique, comme le ferait un chercheur en littérature, ou bien une exposition, comme le ferait un historien de l’art ?
Naviguant entre les deux disciplines, François Fièvre propose une édition critique numérique d’un album de Walter Crane, Bluebeard (1875/1899, d’après le texte de Charles Perrault), dans laquelle l’analyse des images est au premier plan, mais croisée avec une analyse de l’album en tant qu’objet matériel et objet textuel. Encore fallait-il, pour arriver à croiser ainsi les approches disciplinaires de manière ergonomique, exploiter les possibilités d’interactivité offertes par le webdesign d’aujourd’hui. Dans la dynamique des humanités numériques, il s’agit donc de proposer non quelque chose qu’on pourrait faire sur papier, mais un objet que seul le support numérique autorise d’un point de vue technique, tout en ne cédant rien du point de vue de l’érudition et de la citabilité qu’on est en droit d’attendre d’une véritable édition critique, qui entend faire date dans l’étude de l’artiste anglais comme dans l’émergence, peut-être, d’un nouveau modèle d’éditorialisation des images.

  • 4 février 2017 : Les éphémères, objets culturels
    ENS, 10-13 h, salle Simone Weil

Florence FERRAN et Olivier BELIN (Université de Cergy-Pontoise), « Les éphémères : une culture du quotidien ? »

Tracts, affiches, prospectus, étiquettes, tweets… À la croisée de l’écrit et de l’illustré, de l’imprimé et du numérique, les éphémères saturent l’espace social et culturel. Ils peuvent ainsi avoir une fonction littéraire (en faisant circuler écrits sur l’art, textes polémiques, chansons, poèmes ou satires), artistique (ils offrent un foisonnant réservoir d’images, passible d’analyses formelles, iconographiques, typographiques), et politique au sens large (voir les travaux de Philippe Hamon, Jean-Yves Mollier ou Philippe Martin sur la diffusion littéraire, sociale ou religieuse de l’imagerie éphémère aux xixe-xxe siècles). Relire l’histoire culturelle à la lumière des éphémères, comme l’ambitionne le projet PatrimEph (soutenu par la Fondation des Sciences du Patrimoine depuis 2013), c’est ainsi s’ouvrir à une histoire vue par le bas, et faire émerger des corpus, des usages et des supports qui invitent à réviser certaines oppositions axiologiques (genres majeurs vs mineurs, culture savante vs populaire ou écrite vs orale) au profit de notions plus dynamiques comme celles d’interaction, de dérivation ou de circulation, à l’exemple de Roger Chartier.

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